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Burkina-Faso Factures impayées de l’Etat: la presse privée reclame son dû


Société

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Les organisations patronales de la presse privée du Burkina Faso, signataires de la présente lettre ouverte, voudraient attirer votre bienveillante attention sur les promesses non tenues de votre gouvernement au sujet de leurs factures impayées que l’Etat garde dans ses tiroirs. En effet, ces structures associatives des entreprises de presse privée (presse écrite, presse audiovisuelle, presse en ligne) ont engagé des négociations avec votre gouvernement depuis 2016 pour l’apurement des factures impayées que l’Etat leur doit depuis des années.

Le 15 septembre 2016, le bureau de la Société des Editeurs de la Presse Privée (SEP), à la faveur d’une audience avec le chef de l’Etat, avait évoqué la question des factures impayées qui plombent la presse nationale en général et la presse privée en particulier. Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré avait fait la promesse d’instruire le gouvernement pour un traitement diligent du dossier.

A sa demande, un inventaire de la dette intérieure concernant la presse écrite privée a été fait et transmis aux services de la Présidence du Faso en décembre 2016 pour toutes fins utiles. Une copie a été transmise au ministère de la Communication et une autre au département en charge de l’économie et des finances.
Le 17 mars 2017, le ministre de la Communication et des relations avec le Parlement a rencontré les responsables des associations patronales de médias à leur demande en vue d’échanger sur les créances des entreprises de presse privées.

Le Conseil des ministres du 31 mars 2017 a abordé la question. Voici un extrait du compte rendu du Conseil des ministres sur la question : « le Conseil a adopté un rapport relatif aux difficultés de recouvrement des créances des médias privés auprès de l’Etat.
Le rapport révèle que des entreprises de presse privées sont confrontées à des difficultés de recouvrement de leurs créances auprès des départements ministériels et institutions de l’Etat.
Le Conseil a instruit les départements ministériels concernés à prendre des mesures nécessaires pour le règlement des impayés dans les meilleurs délais. »
L’espoir qu’a pu susciter ce compte rendu du conseil s’est vite dissipé au regard du statu quo constaté dans le traitement de ce dossier. Jusque-là, aucune entreprise de presse privée n’a obtenu le paiement d’aucune facture, encore moins l’apurement de ses créances. La presse, qui évoluait déjà dans un environnement caractérisé par la précarité, a du mal à tenir et à faire face à ses multiples charges.

Excellence Monsieur le Premier ministre,

Si la presse du Burkina Faso a arraché la 42e place en 2017 place au plan mondial en matière de liberté d’expression, selon l’ONG Reporters Sans Frontières, ce rang jure avec les pratiques des institutions et des services de l’Etat qui semblent avoir décrété l’asphyxie de la presse nationale et singulièrement de la presse privée. Le non-paiement des créances de la presse privée semble obéir à une forme de censure que l’Etat, à travers ses institutions et ses démembrements, exerce de manière pernicieuse sur un instrument clé de la démocratie.
En tout état de cause, les organisations patronales de médias observent avec stupéfaction que les multiples plaidoyers formels et informels en direction du gouvernement au sujet des créances n’ont produit que des promesses non tenues.
Pire, nous avons appris avec amertume les déclarations du ministre du Commerce, lors de la rencontre gouvernement/secteur privé à Bobo-Dioulasso, le 8 mai dernier, selon lesquelles le gouvernement a apuré la dette intérieure. En effet, au cours de cette rencontre où les entreprises de presse sont encore royalement ignorées et donc non invitées, le ministre Stéphane Sanou a déclaré que votre gouvernement a hérité d’une dette de 35 milliards de FCFA ; que les 30 milliards de F CFA ont été réglés en 2016 et les 5 autres restants ont été apurés en 2017.

Excellence Monsieur le Premier ministre,

Les promoteurs d’entreprises privées qui ont toujours privilégié la voie du dialogue et de la négociation se sentent frustrés de cette négation de leur situation. Devons-nous comprendre que les factures impayées des entreprises de presse privées ne font pas partie de la dette intérieure ? Ou alors est-ce le signe que les tenants actuels du pouvoir méprisent les hommes et les femmes qui se battent avec si peu de moyens pour donner à notre processus démocratiques la vitalité qu’on lui connaît ? Au total, prennent-ils vraiment au sérieux les médias burkinabè ?
En tout état de cause, les organisations patronales prennent acte d’une telle indifférence qui frise le mépris et la volonté de liquidation des entreprises de presse privées qui sont également pourvoyeuses d’emplois et d’impôts comme les autres secteurs.
Par conséquent, elles se réservent le droit d’entreprendre désormais toute initiative qu’elles jugeront utiles en vue d’obtenir le recouvrement intégral de leurs créances.
Elle saisit cette occasion pour vous interpeller également sur les retards constatés dans l’opérationnalisation du Fonds d’Appui à la Presse Privée (FAPP), fruit d’une lutte de longue haleine que la bureaucratie est en train de bloquer. Ce fonds devrait être fonctionnel depuis l’année dernière. Nous sommes en mai 2017 et attendons de savoir exactement et comment ce fonds pourrait servir à l’amélioration de l’environnement économique des médias.

Enfin, nous tenons à interpeller votre gouvernement sur le basculement effectif à la TNT (NDLR : Télévision numérique de terre) prévu pour septembre 2017. D’abord, annoncé pour juillet 2015, ce projet n’est jusqu’à présent pas opérationnel. Or, de nombreuses entreprises de télévision ont pris des engagements auprès de tiers pour le lancement de leurs activités qui constitueront à n’en point douter des sources d’emplois et de revenus fiscaux supplémentaires. Le respect de cette nouvelle date est vital pour les entreprises de télévisions privées déjà en activité et celles qui sont dans l’attente de l’avènement de la TNT pour lancer leurs activités.

Excellence Monsieur le Premier ministre,

Ce n’est pas la charité que nous demandons. Nous réclamons le paiement de prestations que nous avons réalisées pour l’Etat et qui, en retour, ne respecte pas ses engagements.
Cette lettre ouverte tient donc lieu de préavis pour toutes les actions nécessaires que les entreprises de presse privées seront amenées à entreprendre ultérieurement pour sauver les espaces de liberté et tous les autres acquis qu’elles ont chèrement arrachés.

Fait à Ouagadougou, le 10 mai 2017

Ont signé :

Pour la Société des Editeurs de la Presse privée (SEP)
Boureima OUEDRAOGO, Président

Pour l’Union Nationale de l’Audiovisuel Libre du Faso (UNALFA)
Charlemagne ABISSI, Président

Pour l’Association des Editeurs et Professionnels des Médias en Ligne au Burkina (AEPML)
Cyriaque PARE, Président

Pour l’Union Burkinabè des diffuseurs de Services Télévisuels (UBSTV)
Issouf SARE, Président



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